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Villes Neuves
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Espagne
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Info bastide n° 60  du  2004.09
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Info bastide n° 59  du  2004.04
Les villes neuves médiévales de la Cantabrique
Au nord de l'Espagne, dans la région cantabrique, on peut constater entre le XII" et le XIVe siècle, un intéressant développement de fondation de villes neuves.
 
On doit chercher leurs origines dans la politique des rois de Castille, Léon et Navarre, de développer la côte, qui jusqu'à ce moment-là était presque déserte, sans autres villes que celle d'Oviedo.
L'histoire de ces royaumes était jusqu'alors conditionnée par la lutte contre les musulmans, dans ce que l'on a appelé la "Reconquista", ce qui conduisait au déplacement de la frontière vers le sud.
A partir du mariage, en 1170, du roi Alfonso VII de Castille avec Leonor, fille de Leonor d'Aquitaine et d'Henri Il d'Angleterre, l'intérêt augmente pour le roi de considérer la côte comme une possibilité de développe­ment du commerce avec l'Aquitaine et l'Angleterre.
 
Le royaume de Navarre, ennemi de la Castille, empêchait la communication terrestre directe. C'est ainsi qu'ont été fondées les villes de CASTRO URDIALES (1167), SANTANDER (1187) et LAREDO (1200) où se sont créés des ports qui deviendront des lieux fondamentaux du commerce médiéval.
 
Suivant cet exemple, le roi de Navarre fondera SAN SEBASTIAN en 1180.
 
Peu après la Castille conquerra les territoires basques d'Alava, Byscaye et Guipùzcoa, condamnant l'accès de la Navarre à la mer; dans le nouveau territoire, le roi fondera FUENTERRABIA (1203) et GUETARIA (1208).
A ces fondations sur la côte suivra immédiatement la fondation de villes neuves sur les chemins d'accès aux ports, c'est ainsi que surgiront VALMASEDA (1199) et ORDUNA en Byscaye.
 
La fondation de nouvelles villes supposait la concession d'un "Fuero", loi avec des privilèges pour les habitants, faite avec la volonté de favoriser leur croissance. La plupart des fondations sont établies a-novo, placées dans la proximité d'établissements monastiques préexistants.
 
A partir de ces débuts, la fondation de villes s'effectue de façon régulière selon les territoires :
Seulement 4 fondations dans l'actuelle région de la Cantabrie (mais très précoces, entre 1167 et 1210), 21 en Byscaye, surtout au XIVe siècle (3 fondations jusqu'en 1250, 18 entre 1254 et 1376, la principale celle de BILBAO en 1300), 24 en Guipùzcoa, 27 en Asturies (la plupart entre 1270 et 1300, avec le roi Alphonse X). Dans la région voisine de la Galice, la situation est un peu différente, mais on peut aussi parler de près de 30 villes nouvelles.
 
La morphologie de ces villes
La plupart de ces fondations possède une structure urbaine géométrique planifiée, avec des rues droites, des îlots réguliers. Nous pouvons faire une classification, grosso modo, en villes structurées en damier (SEBASTIAN, VALMASEDA), villes structurées  en  peigne (BILBAO, VIVEIRO) et villes structurées en amande (VILLAVICLOSA, MONDRAGON).
 
Il faut signaler l'importance jouée par les conditions graphiques dans la configuration des villes, souvent placées en versant, fréquemment dans des vallées et à côté des fleuves, même en quelques cas sur les falaises dominant les ports; dans ces cas, la structure métrique apparaît déformée, avec des rues en courbure et des îlots irréguliers. On peut vraiment associer topographie plane aux morphologies les plus rigoureuses avec la perspective géométrique, ainsi VALMA_ ou SAN SEBASTIAN.
 
Mais l'origine de ces morphologies reste un immense chantier pour la recherche; sans doute est-il fondamental de considérer les expériences précédentes, principalement à travers le processus de fondation des viIIes du Chemin de Saint-Jacques, de grande ampleur, dont les exemples les plus accomplis, PUENTE LA REINA (1160) ou SANTO DOMINGO de la Calzada (XIe-XIIe siècles) sont des créations très réussies et fort intéressantes.
 
 Ces précédents doivent être à l'origine des morphologies de prédominance linéaire comme celle de GUETARIA. Plus inconnu est le processus de fondation d'un important groupe de villes neuves sur la frontière entre les royaumes de Léon et de Castille, qui présentent un surprenante structure régulière, en parfait damier, où les églises et les places deviennent des éléments fondamentaux, ainsi à TORDEHUMOS (1182) ou à AGUILAR de Campos (1181).
Sur l'influence dans ces villes de l'expérience française des bastides, il est difficile d'établir des liens, qui en tout état de cause seraient plus envisageables dans les fondations les plus tardives des provinces basques; le contraste est frappant, en quelques aspects, comme l'absence presque totale de places dans la région cantabrique.
 
Eloignées de la perfection formelle des bastides françaises ou des villes nouvelles de l'Italie, ces villes de Cantabrie présentent le singulier intérêt de leur précocité et de l'ampleur du phénomène : presque toutes les villes de la région sont dues à une initiative fondatrice médiévale, quelques-unes devenues d'importantes capitales comme SAN SEBASTIAN, La CORUNA et BILBAO, dont le noyau originel conserve parfaitement sa structure géométrique médiévale.
 
Si la recherche historique sur tous ces phénomènes a une ample tradition, trop limitée dans les perspectives régionales, la considération des morphologies urbaines est une question ouverte entre les chercheurs espagnols. L'apport des architectes sera sans doute fondamental pour éclairer les modèles formels d'origine et la signification du projet urbain, dans la perspective de la mise en valeur de ces villes.
 
Miguel REMOLlNA, Architecte
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